Navigation




LA MORT DE LA HONTE

LA MORT DE LA HONTE

12-06-2013
La mort de la honte
Interview Du Général Robert Waffo Wanto sur la question: "Un Camerounais inconnu enterré en France parce que son corps était à l'abandon" C’est en plein cœur du 18ème Arrondissement de Paris et plus précisé-ment au siège du Conseil des Camerounais  de la Diaspora (CCD)  que Camer.be est allé à la  rencontre de Robert Waffo Wanto. Autrefois les étudiants de l’université de Yaoundé l’appelaient Général Colin Powell. Il vit actuellement en Europe  et  beaucoup plus en  France. Il est l’un des pères fondateurs du Parlement estudiantin  dans  les années  90 au Cameroun et à ce jour le président du Conseil des Camerounais dela diaspora. Dans cet entretien accordé à notre rédaction, il revient sur le but de  l'organisation du 20 mai prochain au cimetière de Mauregard à  Paris  du recueillement  pour le  jeune  Camerounais retrouvé  mort dans le train d'atterrissage d'un avion Camair-co le 8 avril dernier Bonjour Monsieur Robert WAFFO  WANTO, le Conseil des Camerounais de la Diaspora (CCD) dont vous êtes le président organisera au cimetière de MAUREGARD  une cérémonie de recueillement pour le jeune Camerounais retrouvé mort dans le train d'atterrissage d'un avion Camair-co le 8 avril dernier. Pouvez-vous nous expliquer la symbolique de ce rassemblement ? Un recueillement pour marquer le début du deuil d'un des nôtres.Une cérémonie pour sensibiliser la jeunesse camerounaise etafricaine sur le danger que représente ce genre de péripétie.Un rassemblement pour interpeller la communauté nationaleet internationale. Concrètement, que voulez-vous véhiculer comme message à l'intention de la communauté nationale et internationale ? Nous entendons par là-même rappeler à l'opinion nationale et internationale que la question de la grande détresse sur fond de pauvreté et misère des peuples en Afrique reste plus que jamais d'actualité.  De deux choses l'une: - Soit tout le monde s'implique réellement pour le respect de l'application des principes démocratiques et de bonne gouvernance dans la gestion des pays sous-développés ou en voie de développement - Soit la communauté internationale  adopte une attitude de complaisance tout en acceptant de mettre la main à la poche, ce qui dans le contexte de crise actuel serait irréaliste et même contre-productif.  Comment réagissez-vous à certaines langues qui affirment qu'à chaque fois qu'il y a un évènement triste, les associations camerounaises de la diaspora  les récupèrent dans le but de dénigrer leur pays?   J'ai envie de vous retourner la question de savoir, la récupération de quoi et par qui.... ? Si œuvrer à récupérer le corps d'un des nôtres c'est dénigrer le Cameroun, eh bien! J’accepte volontiers que vous me jetiez la pierre. En pareilles circonstances nous devrions éviter de fouler au pied la mémoire de notre jeune concitoyen à travers ces supputations inopportunes, propres à conforter dans leur posture ceux-là qui ont choisi une fois de plus de fuir leurs responsabilités. Nous nous considérons d'abord et avant tout comme un pan de la so-ciété civile dont le rôle doit être de relayer la voix et la douleur des sans voix. Il nous appartient de nous faire l'écho des différentes causes sociales et sociétales. Restons dans le champ de la misère des peuples qui est l'objet de notre interpellation pour dire qu'au Cameroun l'immense majorité, 50 à 60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté dont plus de la moitié dans un dénuement total. Or comme nous le savons cette population paupérisée et martyrisée est finalement devenue aphone. D'où l'urgence de la compassion et de la sollicitude de leurs compatriotes  de la diaspora qui en réalité n'ont pas les mêmes besoins primaires.Êtes-vous certain que ce jeune homme décédé porte la nationalité camerounaise ?   Je trouve que c'est une autre polémique grotesque, déplacée et inutile. J’en entends qui disent, Mon Général ce n'est peut-être pas un Camerounais! Voilà un pauvre jeune qui a été dépouillé de son avenir par la société et à qui nous voulons une fois de plus ravir son passé.  Pour lever l'équivoque, nous allons dire que les circonstances dans lesquelles ce jeune, venu du Cameroun  et dans  un avion de la compagnie nationale camerounaise Camair-Co, a trouvé la mort, suffisent pour qu'il soit considéré comme un des nôtres. Ceci dit si et seulement s'il n'était pas Camerounais d'origine, eh bien! Les Camerounaises et les Camerounais humanistes qui ont pris fait et cause pour les droits de l'Homme, ont décidé de l'adopter à titre posthume. Selon vous, qu'est ce qui expliquerait le fait que ce jeune homme soit enterré en France et non au Cameroun ?   Simplement parce que son  corps était à l'abandon. Abandonné par qui et pourquoi ? Ceci est justement la question qui fâche, car dans des conditions pareilles, le bon sens veut que le premier des Camerounais en France ou tout au moins l'officine qu'il dirige se charge de récupérer le corps dans un premier temps, et qu'à l'issue de certaines démarches, ce corps, fût-il non identifié, soit rapatrié et inhumé au Cameroun.   Vous indexez du coup les autorités camerounaises... Qui à l'occasion sont restées égales à elles-mêmes. C'est-à- dire … D'une indifférence totale qui laisse transparaître leur manque d'humanité. Et tant pis pour nous autres naïfs qui croyions que la politique est aussi un sacerdoce... Revenons sur le programme de cette cérémonie   La cérémonie de recueillement  aura lieu entre 13h et 15h au cimetière de la commune de Mauregard et sera conduite par des religieux. Nous, ses compatriotes, qui n'avons pas pu, faute d'information, assister à ses obsèques  entendons lui rendre aussi un ultime hommage et de par ce fait lui signifier que nous sommes désormais à ses côtés en attendant que les démarches soient faites pour le rapatriement de ses restes dans son pays qui est le Cameroun. Nous exprimerons aussi notre gratitude à l'ensemble des populations de  Mauregard et en particulier au Maire Madame Marion Blancard pour le geste fort qui restera à jamais gravé dans la mémoire de tous les humanistes camerounais et africains.    Avez-vous pensé à associer toutes les organisations de la diaspora camerounaise et même africaine pour l’organisation de cette cérémonie ?   Le Conseil des Camerounais de la Diaspora (CCD) qui est lui-même une plate-forme associative se propose, aux côtés d'autres organisations camerounaises, des sœurs et frères africains et même les ami(e)s de l'Afrique, d'initier dans un premier temps cette cérémonie qui sera très prochainement suivie par d'autres  encore plus solennelles.   C'est plutôt moi.